Pour beaucoup, la crise humanitaire au Congo n’a jamais été considérée comme une tragédie à résoudre. Elle est devenue un outil, exploité par les acteurs internationaux pour servir leurs propres intérêts.
L’UE en est un exemple parfait.
Exclue et marginalisée des négociations pilotées depuis Washington et Doha, elle cherche à retrouver de la visibilité en se drapant dans le discours humanitaire. Mais ses priorités trahissent ses intentions. L’obsession pour l’aéroport de Goma n’a rien à voir avec le sauvetage de vies : il s’agit de pouvoir, de se montrer à la table des négociations, de paraître influente, de donner l’illusion d’agir plutôt que d’agir réellement.
Si l’urgence humanitaire était vraiment l’objectif, l’aide pourrait passer par l’Ouganda, le Burundi ou le Rwanda — des itinéraires plus rapides, plus pratiques et immédiatement disponibles. Refuser ces options révèle la vérité : l’aéroport de Goma compte moins pour l’aide aux populations que pour les enjeux d’influence. Le « humanitaire » sert de prétexte à l’ingérence politique.
C’est aussi pourquoi l’UE n’exige ni la réouverture des banques dans les territoires libérés, ni la mise en place d’un cessez-le-feu face à un régime brutal. Quel humanitarisme soigne les symptômes de la guerre tout en refusant de s’attaquer à ses causes ?
Le HCR ne fait pas mieux. Se présentant comme le protecteur des réfugiés, il refuse de documenter ou de dénoncer les assassinats de Congolais réfugiés au Burundi — des hommes et des femmes qui tentent de rentrer chez eux la nuit et se font traquer par des milices ou des soldats.
Le récit de Kante, traversant le Rusizi sur des contenants en plastique, sous la menace des forces burundaises, n’est pas un incident isolé. C’est une politique d’État. Le silence du HCR n’est pas ignorance : c’est complicité. Protéger les financements, surtout face aux coupes américaines sous l’administration Trump, passe avant la protection des vies humaines.
Et puis il y a Minembwe. Les Banyamulenge y subissent des bombardements constants de drones et de chasseurs. Il y a peu, ils ont été soumis à des tactiques de famine et à un blocus imposé par les troupes burundaises, coupant l’accès aux marchés et aux produits de première nécessité. Aucun convoi humanitaire, aucune intervention d’urgence, aucune indignation. Leur souffrance ne sert pas le récit officiel, alors on l’ignore.
Ces réalités brisent le vernis moral. Ce qui motive l’UE, le HCR et leurs partenaires, ce n’est pas l’humanitarisme : c’est le contrôle et la visibilité.
La douleur du Congo n’est pas soulagée : elle est exploitée.
