Il y a une certaine poésie à voir le dictateur Tshisekedi courir en rond, pour finir exactement là où on lui avait dit de se tenir dès le départ : à la table des négociations avec ceux qu’il qualifie d’inexistants, insignifiants et promis, selon lui, à un effondrement imminent — l’AFC/M23.

Doha, apparemment, a une mémoire plus longue que les communiqués de presse de Kinshasa.

Depuis des années, la stratégie de Tshisekedi est simple : externaliser la crise, la rebaptiser « agression étrangère », refiler la responsabilité à d’autres et espérer que le vacarme étouffe la réalité. Pourtant, même ses chambres d’écho les plus obéissantes finissent par craquer. Quand des figures comme Martin Fayulu — d’ordinaire recrutées comme caution morale — commencent à murmurer « dialogue interne », le masque tombe. Le problème, n’en déplaise à beaucoup, se trouve à l’intérieur du Congo.

Le 4 décembre à Washington devait tout changer. Tshisekedi avait un plan. Des sommets et un peu de bravade, une escalade militaire calculée, une foi aveugle dans la force burundaise, et voilà : Bukavu et Goma reconquis comme par magie, Doha enterré pour de bon. Comme toujours avec ses plans mal ficelés, plus de territoire est passé aux mains des rebelles, sa coalition a fui, et les lignes de front se sont déplacées plus au sud, vers Uvira.

Comme pour enfoncer le clou, les invitations du Qatar réapparaissent — polies, fermes, inévitables.

Convoqué une fois de plus, Tshisekedi se retrouve acculé, contraint d’offenser les Qataris et de défier les Américains s’il veut rester cohérent dans son refus de parler aux révolutionnaires. Sauf que l’éventuel soutien de sa base extrémiste sera de courte durée : le bâton viendra sous la forme de la libération.

Et peut-être que la libération est elle aussi inévitable, alors que Tshisekedi persiste et signe. Le lac Tanganyika vibre sous les bateaux de guerre — trente en tout. Uvira, Kalemie et Baraka reçoivent des renforts. Drones CH-4, Bayraktar turcs, Sukhoï-25, troupes burundaises, mercenaires étrangers — tout le catalogue de la bellicosité du despote est déployé. Et quand la prochaine bataille « décisive » sera perdue, il jouera la victime. Mais le scénario est déjà écrit : encore une défaite, suivie de la redécouverte soudaine que Doha est « le seul chemin réaliste vers la paix ».

Pendant ce temps, les partisans du régime chantent, avec une naïveté touchante, que des troupes américaines arrivent et que les révolutionnaires fuient les « villes libérées ». Le fantasme est presque attendrissant.

Les Américains n’ont aucun intérêt à mourir pour les guerres du Congo — surtout quand les minerais que Tshisekedi leur a déjà vendus seront livrés tout aussi efficacement par l’AFC/M23.

Et le M23 ne fuit pas. Il avance.

Doha attend. Encore.

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