Pendant des mois, l’Angola a joué le rôle de médiateur réticent dans la crise interminable qui secoue l’est de la RDC. Jusqu’à hier, dimanche 7 juin 2026. Dans une décision qui marque un tournant, Luanda s’est retiré du dialogue intercongolais, invoquant l’incapacité chronique de Kinshasa à tenir ses engagements.
Mais le message derrière cette décision ne saurait être sous-estimé : l’Angola en a assez des manœuvres dilatoires de Félix Tshisekedi.
Les signes avant-coureurs remontent à décembre 2024. Après avoir accepté un dialogue direct avec le M23, Kinshasa a soudainement fait marche arrière, faisant capoter un sommet présidentiel pourtant prévu à Luanda. L’Angola a alors eu un premier aperçu clair du peu de sérieux des autorités congolaises dans la recherche d’une solution négociée à la crise que traverse le pays.
Puis est venu l’effet de manche diplomatique. Sans consulter les médiateurs angolais, Tshisekedi s’est envolé pour Doha, puis pour Washington, demandant à ces deux pays de reprendre la médiation. Luanda fut laissé sur la touche.
Mais quelques mois plus tard, le président congolais est revenu à la charge, suppliant cette fois l’Angola d’organiser le dialogue intercongolais, cherchant visiblement à contourner le processus de Doha qu’il avait lui-même défendu.
Luanda a accepté à contrecœur, mais à une condition ferme : que toutes les forces d’opposition soient invitées, y compris le M23. Tshisekedi a donné son accord et s’est engagé à prendre des mesures concrètes.
Sans surprise, quelques jours plus tard, il fit volte-face, déclarant que seuls les groupes d’opposition prêts à condamner le M23 — qu’il présentait comme une extension de « l’agression rwandaise » — seraient les bienvenus. Les rebelles et leurs alliés politiques étaient explicitement exclus du dialogue intercongolais.
Cette déclaration était en contradiction directe avec la position de fond du président Lourenço : le dialogue comme fondement de la stabilité. Lourenço avait souvent cité en exemple la paix durement acquise de l’Angola avec les rebelles historiques de l’UNITA, preuve que même les ennemis les plus acharnés peuvent négocier et se réconcilier.
Pour l’Angola, ce fut la goutte de trop. En se retirant, Luanda dit essentiellement à Tshisekedi : à partir de maintenant, tu es seul.
Reste à savoir si Kinshasa prendra enfin la mesure de son isolement. Mais l’Angola ne gaspillera pas davantage sa crédibilité avec un partenaire qui confond la négociation avec un cirque.
