Ce qui se dit à Davos sur le Congo n’a presque rien à voir avec ce que vivent réellement les Congolais. Le rituel annuel des grandes déclarations, du jargon humanitaire à la mode et de l’autosatisfaction n’est pas seulement déconnecté de la réalité : il contribue activement à entretenir la violence.
Prenons l’exemple de Maxime Prévot, qui a réaffirmé « l’alliance stratégique » de la Belgique avec Kinshasa.
Mais « alliance » avec qui, exactement ? Avec un régime dont le porte-parole de l’armée tient ouvertement des propos haineux contre les communautés tutsies ? Avec une chaîne publique qui banalise une idéologie génocidaire ? Avec des autorités qui arment, légitiment et combattent aux côtés des milices Wazalendo, responsables d’atrocités de masse ?
Prévot n’est pas naïf. Il connaît ces faits. Réaffirmer cette alliance en toute connaissance de cause n’est pas une simple abdication morale : c’est de la complicité.
La position d’Emmanuel Macron est tout aussi révélatrice. En relançant les discussions sur la réouverture de l’aéroport de Goma, la France fait semblant d’agir tout en évitant soigneusement la question centrale : il n’y a pas de cessez-le-feu.
Les couloirs humanitaires ne flottent pas dans le vide. Les avions d’aide ne se posent pas sur de bonnes intentions. Parler logistique sans aborder la guerre en cours entre Kinshasa et l’AFC/M23 relève d’une lâcheté politique déguisée en pragmatisme. Cela revient à dire que gérer la souffrance est acceptable, tant que ses causes profondes restent intactes.
Puis vient Félix Tshisekedi, qui se produit devant l’élite de Davos comme si son régime pouvait résoudre l’instabilité économique mondiale. Ce serait risible si ce n’était pas obscène. Un gouvernement incapable de protéger ses citoyens, de les nourrir ou de maintenir l’unité du pays n’a rien à enseigner au monde en matière de stabilité ou de croissance. Tshisekedi ne résout pas les crises du Congo : il les multiplie, intensifie la militarisation, renforce le pouvoir des milices et entraîne le pays vers une guerre régionale plus large. Comment peut-il prétendre que son pays est une solution à quoi que ce soit ?
Le plus accablant reste ce dont aucun de ces dirigeants ne parle. Aucun ne mentionne le processus de Doha. Aucun n’en fait le socle de la paix. Ce silence est la preuve la plus claire que leurs déclarations ne visent pas à mettre fin à la guerre au Congo.
Doha imposerait des vérités dérangeantes : inclusion politique réelle, reconnaissance des combattants de l’AFC/M23 comme partenaires de négociation, responsabilité de l’État dans les violences, et fin de la rhétorique génocidaire. Les apparences sont plus faciles, les alliances plus sûres, le silence moins coûteux.
Le résultat est un théâtre grotesque : Davos parle de paix tandis que le Congo brûle, les élites posent tandis que les innocents meurent. Tant que cette hypocrisie ne sera pas dénoncée et rejetée, la communauté internationale restera non pas un simple spectateur de la tragédie congolaise, mais complice.
