Ces derniers jours, une rumeur circule avec insistance : l’ancien président Joseph Kabila et le général Laurent Nkunda, ex-leader du CNDP, pourraient rejoindre l’Alliance du Fleuve Congo (AFC/M23). Non confirmée pour l’instant, cette éventualité secoue déjà tous les cercles politiques, militaires et diplomatiques.

Si elle se confirme, ce ne serait pas un simple réalignement : ce serait l’un des bouleversements les plus significatifs de la confrontation actuelle en RDC, et probablement le plus déstabilisant pour le régime Tshisekedi.

Le choc se ferait d’abord sentir sur le plan militaire. Kabila et Nkunda conservent une influence profonde, souvent sous-estimée, au sein de l’armée congolaise. Joseph Kabila a dirigé le pays près de vingt ans : une grande partie des officiers supérieurs actuels a fait carrière sous son commandement. Nkunda, malgré des années de silence, reste une référence incontournable pour les réseaux de l’ex-CNDP et les combattants expérimentés qui le considèrent toujours comme un chef redoutable.

Un rapprochement Kabila–Nkunda avec l’AFC/M23 ne se limiterait pas à l’apport de combattants : il pourrait provoquer des défections en chaîne, redistribuer les loyautés et changer radicalement l’équilibre des forces sur le terrain.

Les répercussions diplomatiques seraient tout aussi explosives pour Tshisekedi. Les puissances étrangères — Belgique, États-Unis, partenaires régionaux — ont longtemps réduit la crise à un simple affrontement interétatique ou à un problème de « groupes armés » confinés aux Kivus.

L’arrivée de Kabila et Nkunda ferait voler ce récit en éclats. Elle démontrerait que le conflit n’est ni périphérique ni régional, mais qu’il est enraciné dans des fractures politiques profondes au cœur même du pays. Les capitales étrangères seraient contraintes de revoir leur approche, de repenser leurs médiations et d’affronter enfin la réalité que Tshisekedi et ses alliés tentaient d’occulter : la crise congolaise est d’abord une crise interne.

Les effets les plus décisifs se feraient sentir dans le pays lui-même. Kabila continue de jouir d’une loyauté solide sur de vastes régions, notamment au Katanga, son bastion historique. Son retour pourrait élargir l’influence de l’AFC/M23 bien au-delà des Kivus, transformant ce qui semblait un mouvement régional en une force de portée nationale.

Au final, la puissance réelle de cette alliance ne résiderait pas seulement dans les armes, mais dans la légitimité. Charisme, réseaux profonds et poids symbolique : Kabila et Nkunda incarnent ce mélange explosif qui peut propulser la confrontation vers une phase inédite, loin d’une insurrection locale, vers une véritable fracture politique nationale.

Dans un conflit où la perception se déplace plus vite que les balles, la simple possibilité d’un tel rapprochement force déjà tous les acteurs à recalculer leurs stratégies — à Kinshasa, dans la région, et bien au-delà.

Tshilombo peut se gratter : cette nuit, il ne dormira pas tranquille.

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