Depuis son accession au pouvoir, Félix Tshisekedi suscite de vifs débats sur sa gestion de l’État et sa relation avec son prédécesseur, Joseph Kabila. Pour certains observateurs critiques, son mandat est marqué par une rupture brutale avec les équilibres politiques issus de l’accord de partage du pouvoir conclu après les élections de 2018. Cet accord, qui visait à garantir une transition apaisée, reposait sur un compromis fragile entre continuité institutionnelle et alternance politique.
Dans cette lecture, Tshisekedi aurait rapidement pris ses distances avec les engagements initiaux. Alors que l’accord prévoyait une certaine concertation dans les décisions majeures, notamment au sein des institutions clés, ses détracteurs estiment qu’il a progressivement consolidé son pouvoir de manière unilatérale. Cette évolution est perçue comme une remise en cause de la parole donnée, alimentant une crise de confiance durable au sommet de l’État.
Par ailleurs, les poursuites judiciaires dirigées contre l’ancien président Kabila et sa condamnation à mort après un procès inique restent un point de fracture majeur. Des procédures similaires visant certains de ses proches, ainsi que les tensions politiques persistantes, n’ont fait qu’envenimer la situation. Si les partisans de Tshisekedi justifient cette dérive par la nécessité d’écarter durablement l’influence de Kabila, ses critiques y voient une gouvernance davantage guidée par l’accaparement du pouvoir que par une logique de réconciliation nationale.
Dans ce contexte, l’image de Tshisekedi s’est profondément polarisée. D’un côté, ses soutiens saluent une volonté de rompre avec les anciennes pratiques et d’affirmer son autorité. De l’autre, ses opposants dénoncent un leadership jugé imprévisible, voire incohérent, qui fragiliserait les institutions au lieu de les renforcer. Cette perception alimente l’idée d’un déficit de confiance, aussi bien sur le plan interne qu’auprès de certains partenaires.
Face à cette situation, la figure de Joseph Kabila est, pour une partie de l’opinion, réévaluée sous un angle différent. Certains y voient désormais un acteur ayant privilégié la stabilité et la continuité, en contraste avec les turbulences actuelles. Ce repositionnement dans le débat public illustre à quel point la scène politique congolaise reste marquée par des rivalités profondes et des lectures opposées de l’intérêt national.
En définitive, la question centrale demeure celle de la gouvernance et de la crédibilité des engagements politiques. Dans un pays confronté à de multiples défis, la cohérence, la transparence et le respect des accords apparaissent comme des conditions essentielles pour restaurer la confiance et assurer une stabilité durable.
