La sortie virulente de Félix Tshisekedi contre l’ancien président congolais Joseph Kabila, à Houston, n’avait rien d’un dérapage improvisé. Elle traduit plutôt la fébrilité d’un dirigeant sous pression, voyant s’effriter un édifice politique qu’il a mis des années à construire. Et selon plusieurs sources proches du pouvoir à Kinshasa, les premiers signes de cette fragilisation sont apparus lors du récent sommet du G7 à Évian-les-Bains, en France.

Toujours selon ces sources, Tshisekedi avait été officiellement invité à intervenir devant les dirigeants du G7 afin d’évoquer la situation liée à Ebola en République démocratique du Congo. Il devait notamment présenter la réponse de son gouvernement face à une crise sanitaire qui continue d’inquiéter la communauté internationale. Mais derrière cette invitation officielle se profilait un autre sujet, bien plus sensible.

En marge des discussions, plusieurs pays membres du G7 auraient fait savoir qu’ils s’opposaient à toute tentative de modification de la Constitution congolaise visant à permettre un troisième mandat présidentiel. Pour ces partenaires, une telle démarche risquerait d’aggraver l’instabilité dans un pays déjà confronté à des conflits armés persistants, à la prolifération de groupes rebelles et à une crise humanitaire majeure.

C’est alors qu’est survenu l’élément qui a provoqué la colère du président congolais.

Tshisekedi aurait appris que Joseph Kabila figurait également parmi les personnalités invitées à Évian pour partager son analyse de la situation politique et sécuritaire en RDC. Celui qu’il a remplacé à la tête de l’État en 2019 se retrouvait ainsi considéré comme un interlocuteur crédible sur l’avenir du pays. Une perspective difficile à accepter pour le chef de l’État congolais, qui a finalement choisi de ne pas participer au sommet.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’insulte lancée publiquement à l’encontre de son prédécesseur. Loin d’être un simple écart de langage, elle apparaît comme la manifestation d’une nervosité grandissante face à une accumulation de revers politiques.

Car les difficultés se multiplient pour le pouvoir en place. Plusieurs dirigeants de la région, y compris en Angola, plaident ouvertement pour des négociations avec l’AFC/M23. À Kinshasa, l’opposition politique intensifie ses critiques. Sur le terrain militaire, les Forces armées congolaises peinent à inverser le rapport de force face à l’AFC/M23. Et sur le plan international, l’hypothèse d’un troisième mandat semble rencontrer une hostilité croissante parmi les partenaires occidentaux.

Pour certains observateurs, ces développements pourraient marquer le début d’une séquence politique particulièrement délicate pour le régime de Tshisekedi. Et c’est peut-être à Évian-les-Bains que sont apparues les premières fissures dans le soutien dont il bénéficiait jusqu’ici auprès d’une partie de ses alliés occidentaux.

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