Le week-end dernier, la chef de la MONUSCO, Bintou Keita, a effectué une rare visite à Goma, dans l’est du Congo. Elle s’y est entretenue avec les dirigeants du mouvement M23-AFC, dont Corneille Nanga, le président de l’AFC, et son adjoint Bertrand Bisimwa.

L’ordre du jour portait sur l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations vulnérables, l’amélioration de la sécurité des civils et la mise en place de services de base et d’activités commerciales dans la région.

Cette rencontre marque un changement radical. Pendant des mois, Mme Keita a été l’une des principales voix au sein des Nations unies accusant le M23 de déstabiliser l’est du Congo. Elle s’est exprimée à plusieurs reprises contre le groupe lors de forums internationaux, se faisant souvent l’écho de la campagne de désinformation menée par le gouvernement congolais contre le mouvement.

Mais aujourd’hui, face au groupe même qu’elle a condamné, Mme Keita semble reconnaître une réalité plus complexe. La vie à Goma et dans les autres zones contrôlées par le M23 est stable. On est loin du chaos, du désordre et de la violence qui régnaient sous le régime de Kinshasa. Les agences d’aide ont accès à la région. Les routes sont ouvertes. Les écoles et les hôpitaux fonctionnent.

La grande question est de savoir ce que Bintou Keita va faire ensuite. Ayant vu la vérité du terrain, elle doit abandonner la propagande pro-Kinshasa qui impute tous les problèmes au M23 en ignorant le rôle du gouvernement congolais, qui est la source même des problèmes.

Elle doit s’élever contre les campagnes de haine ethnique venant de Kinshasa, qui continuent à stigmatiser des communautés entières au nom de l’unité nationale.

Elle doit également demander la réouverture des services financiers dans les zones contrôlées par le M23. Pendant six mois, le gouvernement a bloqué les banques, l’argent mobile et d’autres services vitaux pour punir les civils vivant dans les zones contrôlées par les rebelles.

Alors qu’elle s’apprête à retourner à New York, Mme Keita a désormais une responsabilité. Elle ne doit pas se contenter d’informer le Conseil de sécurité, elle doit aussi raconter toute l’histoire. Elle a pu constater par elle-même que le dialogue est possible. Que les soi-disant rebelles sont organisés, ouverts aux pourparlers et qu’ils gèrent leur territoire de manière plus pacifique que Kinshasa ne veut le faire croire au monde.

Il est temps de cesser de ne parler qu’au nom du régime en place. Si elle veut vraiment la paix, Bintou Keita doit maintenant prôner le dialogue, et non plus derrière des portes closes.

Par notre correspondant

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