La récente réunion de l’ICGLR en Zambie, au cours de laquelle les experts en sécurité des États membres ont convenu, en principe, de déployer une soi-disant « force neutre » à Uvira, n’a constitué aucun progrès pour la paix dans l’est du Congo. Il s’agissait de théâtre politique : vide, trompeur et déconnecté de la réalité. En bref, une décision morte‑née.

Premièrement, l’ICGLR n’est tout simplement pas conçue pour cette mission. Contrairement à la CEDEAO ou même à la CAE, l’ICGLR ne dispose ni de force de réaction rapide, ni de commandement intégré, ni de doctrine commune, ni de logistique capable de soutenir un déploiement rapide.

Proposer de déployer une force qui n’existe pas n’est pas de la diplomatie ; c’est de la fiction. Sans troupes pré-identifiées, financées, formées et dûment mandatées, cette « force neutre » ne représente guère plus qu’une phrase dans un communiqué.

Deuxièmement, la prétendue neutralité ne résiste pas à l’examen.

À l’exception de l’Ouganda — dont l’intervention serait elle-même fortement contestée par le regroupement des milices Wazalendo — il est difficile d’identifier un seul contingent militaire de l’ICGLR pouvant être considéré comme véritablement neutre par Kinshasa et l’AFC/M23.

Le Rwanda et le Kenya sont évidemment inacceptables pour le régime Tshisekedi. Le Burundi et la Tanzanie se montrent ouvertement hostiles à l’AFC/M23. L’Angola et d’autres États ont épuisé leur crédit politique en tolérant trop longtemps les manœuvres dilatoires de Tshisekedi. Une « force neutre » que l’une des parties rejette immédiatement n’est pas neutre ; c’est un acteur belliqueux en puissance.

Troisièmement, les faits sur le terrain sapent directement la décision de la Zambie.

Le Burundi continue de déployer des troupes via Baraka, renforçant à la fois le personnel et le matériel le long de sa frontière avec la RDC. Ce n’est pas l’attitude d’un État cherchant à désamorcer les tensions. C’est un signal clair que les combats pour Uvira et ses environs pourraient bientôt reprendre. Annoncer une force neutre hypothétique alors qu’un État membre se prépare activement au combat ne fait que souligner le manque de sérieux de l’ICGLR.

Enfin, cette initiative ressemble moins à une démarche de résolution de conflit qu’à une manœuvre politique du despote Félix Tshisekedi. Le processus de l’ICGLR semble destiné à déplacer la prise de décision vers Luanda, enterrer le processus qatari de Doha, diluer les engagements existants et gagner du temps pour ralentir l’avancée de l’AFC/M23 sans respecter les concessions déjà prises à Doha. C’est ce qu’on pourrait appeler du « mediation shopping » : ouvrir un nouveau forum non pas pour résoudre le conflit, mais pour échapper aux conséquences des négociations antérieures.

Au final, la réunion de Zambie n’a produit ni dissuasion ni clarté. Uvira n’a pas besoin de forces imaginaires ni de prestidigitation diplomatique. Elle a besoin d’une médiation honnête, de garanties de sécurité crédibles et d’acteurs prêts à respecter leurs propres engagements.

L’ICGLR n’a offert rien de tout cela.

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