Le chef de l’Alliance du fleuve Congo, Corneille Nangaa, a adressé une lettre au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, pour l’informer que l’AFC/M23 place la ville d’Uvira sous la responsabilité de l’ONU. La sécurité de ses habitants relève désormais pleinement des Nations-Unies.
La décision de Nangaa constitue un nouvel acte de bonne foi en faveur de la paix, tout en mettant en lumière le refus persistant du régime de Kinshasa de s’y engager sincèrement. Plus fondamentalement encore, l’AFC/M23 offre à l’ONU et à sa mission, la MONUSCO, une ultime occasion de cesser toute complicité dans des crimes de guerre et des violences à caractère génocidaire, et de devenir enfin un véritable acteur de paix.
La tâche sera loin d’être simple. La MONUSCO a, depuis sa création, davantage contribué à entretenir l’insécurité qu’à y mettre un terme, et les faits à l’appui de ce constat sont difficilement contestables.
Au moment de son déploiement initial, moins de vingt groupes armés opéraient sur le territoire congolais. Vingt ans plus tard, on en dénombre plus de deux cents. Quant à sa cible prioritaire de l’époque, les FDLR, elles sont restées largement intactes : toujours structurées comme une force militaire, et parfois même en coexistence, voire en collaboration, avec les forces censées les neutraliser.
Lorsque les hostilités ont repris en 2021 entre Kinshasa et le M23, la MONUSCO a sciemment ignoré le fait que le régime avait recruté et intégré des groupes armés qu’elle était pourtant mandatée pour démanteler, y compris des organisations classées comme terroristes. Elle a néanmoins continué à soutenir l’armée congolaise. Les atrocités commises par les FARDC et leurs alliés — incendies de villages tutsis, actes de cannibalisme, viols massifs et massacres visant majoritairement des Tutsis congolais — n’ont en rien dissuadé la MONUSCO de maintenir son appui logistique, sa formation, et même son soutien opérationnel.
Ce soutien est allé jusqu’au lancement de l’opération Springbok, destinée à empêcher l’AFC/M23 de libérer la ville de Goma, alors même que les lynchages et le cannibalisme de civils tutsis y étaient devenus monnaie courante. Aujourd’hui encore, malgré de nombreux rapports émanant des Nations-Unies accusant les FARDC et leurs alliés Wazalendo de crimes de guerre, la MONUSCO continue de former ces forces à l’utilisation de drones. Ces derniers ont récemment provoqué la mort d’une douzaine de civils lors de frappes ayant visé un marché dans le territoire libéré de Masisi.
Rien, dans ce bilan, ne permet de qualifier la MONUSCO de force neutre, et encore moins de mission véritablement engagée dans la protection des civils et la construction de la paix. La décision de Corneille Nangaa relève donc d’un pari risqué. Néanmoins, avec un changement de direction et le départ de la tristement célèbre Bintou Keita — dont le mandat s’est illustré par un soutien sans faille à un régime génocidaire — la MONUSCO dispose peut-être d’une dernière chance de se racheter. En cas d’échec, elle devra assumer l’entière responsabilité des atteintes portées aux civils placés sous sa protection.
Il est essentiel que la MONUSCO comprenne que si des forces négatives venaient à envahir Uvira alors qu’elle en a la charge, elle porterait également la responsabilité de ce qui s’ensuivrait inévitablement : une reprise totale de la guerre jusqu’à la libération complète du pays.
Cette fois-ci, l’ONU ne pourra pas prétendre œuvrer pour la paix après avoir laissé passer une occasion aussi rare de l’imposer.
