Pendant des mois, les autorités burundaises ont multiplié les déclarations martiales concernant le passage frontalier de Gatumba. Selon leur discours, la frontière resterait fermée tant que l’AFC/M23 ne se replierait pas à Kamanyola.
Même après le retrait de l’AFC/M23 d’Uvira, geste de bonne volonté, rien n’a changé : la frontière est demeurée close.
Les réfugiés congolais qui tentaient de rentrer chez eux ont été pourchassés. Certains y ont perdu la vie. Des Burundais ont été torturés pour avoir aidé ces réfugiés à franchir clandestinement la frontière. Le message des autorités était limpide : nul ne partira sans notre aval.
Le chef de l’État et les cadres du parti au pouvoir, le CNDD-FDD, ont répété qu’ils ne céderaient à aucune pression et que leur politique ne serait dictée par personne d’autre.
Pourtant, comme un édifice bâti sur des fanfaronnades, le spectacle s’est interrompu brusquement : la frontière de Gatumba a rouvert.
Il ne s’agit pas d’un soudain élan de générosité, mais plutôt du signe d’une économie à bout de souffle. L’économie burundaise souffre depuis des années de pénuries de carburant, d’un manque chronique de devises et de réalités budgétaires qu’aucun discours ne peut dissimuler. Près de 60 % des exportations du Burundi sont destinées à la RDC : couper durablement cette voie commerciale n’était tout simplement pas tenable.
Accueillir des réfugiés congolais peut susciter des applaudissements dans les forums internationaux, mais ces applaudissements ne paient ni la nourriture, ni le carburant, ni la sécurité. Au final, les comptes sont implacables : les slogans ne suffisent pas.
Le calendrier est révélateur. Évariste Ndayishimiye et son entourage pensaient peut-être utiliser ces réfugiés comme moyen de pression, voire obtenir une aide humanitaire régulière. Mais la récente visite d’une délégation européenne conduite par Hadja Lahbib a envoyé un message clair : il n’y aura pas de chèque en blanc.
Les ressources des Nations-Unies sont réduites, notamment en raison de la diminution des contributions américaines. Les budgets de l’Union Européenne sont largement mobilisés par la guerre en Ukraine. Et malgré les promesses de mobilisation de fonds formulées par Emmanuel Macron lors de la conférence de Paris, le Burundi ne figure pas parmi les priorités.
Autrement dit : il n’y a pas de manne financière miracle pour maintenir indéfiniment les camps de réfugiés. En langage diplomatique, cela s’appelle un « soutien limité ». En clair : le pays doit se débrouiller.
C’est ainsi que les portes de Gatumba, jadis verrouillées, se sont rouvertes.
Officiellement, il s’agit de faciliter les retours volontaires. La réalité est plus prosaïque : cette décision traduit l’impasse économique du régime. Quand les ressources se tarissent, les postures se fissurent. Les réfugiés qui risquaient autrefois leur vie pour traverser peuvent désormais le faire légalement, et beaucoup affirment qu’ils ne remettront jamais les pieds au Burundi.
Si l’affaire de Gatumba démontre quelque chose, c’est que les grands discours ne durent que tant que les moyens existent pour les soutenir. Lorsque les financements ne sont pas venus, la fermeté proclamée s’est dissoute.
Et, avec une rapidité remarquable, le pouvoir a redécouvert la seule option viable : rouvrir la route vers la RDC pour éviter un effondrement économique.
