La dernière déclaration d’un groupe de pays occidentaux qui se présentent comme le « Groupe de contact international pour les Grands Lacs » (ICG) sur la crise dans l’est de la RDC contient tous les mots qu’il faut. Elle affirme appeler à la paix, condamne la violence et exhorte au dialogue.
Mais les mots ne coûtent rien, et la crédibilité de l’ICG est aujourd’hui en jeu. Car cette déclaration souffre de deux failles majeures qui la rendent pratiquement inutile : l’absence totale de mécanismes d’application et un timing particulièrement mal choisi.
Premièrement — et c’est sans doute le plus accablant — la déclaration est dénuée de toute portée concrète.
Certes, elle désigne Kinshasa comme le principal responsable des violations des fragiles accords de cessez-le-feu. Mais où sont les sanctions contre le régime de Félix Tshisekedi ? Où sont les conséquences pour un pouvoir dont les responsables se permettent, en toute impunité, de tenir des propos qui relèvent clairement de l’incitation au génocide ?
Certains des membres de ce même groupe n’ont pourtant pas hésité à intervenir militairement en Libye sur la base d’accusations liées au discours de haine. Pourtant, lorsque le porte-parole de l’armée congolaise, le général-major Sylvain Ekenge, apparaît à la télévision nationale pour dénigrer et menacer la communauté tutsie — dans un pays où le discours de haine relève d’une idéologie adoptée par l’État — la réaction est un silence assourdissant.
De la même manière, l’ICG observe les attaques de drones visant des zones civiles à Masisi et à Minembwe, imputant la responsabilité à Kinshasa dans ses communiqués, tout en refusant de prendre la moindre mesure concrète.
Si l’ICG veut être perçu comme un acteur crédible, alors les violations du cessez-le-feu et les incitations au génocide provenant de Kinshasa doivent avoir un coût réel. Une déclaration sans sanctions n’est qu’un vœu pieux — et les vœux pieux sont aisément ignorés par ceux qui se savent soutenus par l’Occident.
Deuxièmement, le moment choisi pour publier ces déclarations révèle un biais qui mine toute prétention à la neutralité. Pourquoi l’ICG ne s’exprime-t-il qu’après l’échec des offensives de Kinshasa, une fois que celles-ci ont déjà causé d’importantes pertes civiles ?
Le groupe est resté silencieux tandis que l’armée congolaise, aux côtés de soldats burundais, de mercenaires étrangers et de milices génocidaires telles que les FDLR, menait des opérations qui ont coûté la vie à d’innombrables civils innocents. Ce n’est que lorsque l’AFC/M23 commence à reprendre les territoires perdus et à menacer des villes stratégiques comme Uvira et Walikale que ce groupe de pays se précipite pour appeler à la retenue.
Ce schéma récurrent soulève une question troublante : l’ICG cherche-t-il réellement à prévenir la guerre, ou simplement à protéger Kinshasa des conséquences d’un conflit qu’il a lui-même déclenché ? En attendant que la situation militaire se retourne contre le régime pour appeler à la paix, l’ICG semble avoir, de facto, donné carte blanche à Kinshasa pour lancer son offensive — avant d’intervenir comme un bouclier diplomatique une fois celle-ci en échec.
Encore une fois, si l’ICG veut être pris au sérieux, il doit corriger ces failles sans délai. Il doit imposer des coûts tangibles à Kinshasa pour ses violations du cessez-le-feu et pour les discours incendiaires tenus par certains de ses responsables. Faute de quoi, ses déclarations ne seront rien d’autre qu’une maneuvre diplomatique preparant le terrain pour de nouvelles agressions.
Ce constat vaut également pour les organisations régionales africaines. Si elles refusent d’imposer la paix et persistent à protéger Kinshasa, alors — il n’est guère difficile de l’imaginer — l’AFC/M23 n’aura d’autre choix que d’imposer la paix par d’autres moyens.
